La Grèce seule responsable de sa situation?  posté le vendredi 19 mars 2010 14:20

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« L'Allemagne n'aidera pas la Grèce, sauf en cas d'extrême limite »  annonce Ulrich Wilhelm, le bras droit de la chancelière, alors que celle-ci vient de demander devant le Bundestag un droit pour la zone Euro d’exclure ses mauvais élèves. Le mauvais élève actuel est la Grèce, montrée du doigt par ses collègues européens et pourtant pas seule responsable de sa situation.

Désireuse de respecter le pacte de stabilité et de croissance, la Grèce a eu recours à la titrisation pour maquiller une partie de sa dette et se retrouve aujourd’hui confrontée à la réalité de sa dette (113% du PIB fin 2009 soit 300 milliards d’euros). Ainsi en 2004, le déficit est évalué à 1,2% du PIB, en réalité il est de 5,3%... En réalité la Grèce n’est pas la seule a avoir utilisé cette technique pour respecter les critères de Maastricht : l’Italie a également « titrisé » une partie de sa dette, permettant ainsi d’en réduire le montant. La France et l’Allemagne qui souffraient également pour respecter le pacte de stabilité à cause de leurs déficits publics ou l’Irlande dont l’inflation est alors galopante, ont aussi plus ou moins légalement trafiqué leurs comptes. La zone euro vit alors dans le paraître. Les critères de Maastricht sont difficiles à respecter mais la situation semble sous contrôle alors que la réalité est toute autre.

La responsabilité de la Commission européenne et de la Banque Centrale Européenne dans cette situation est double. D’abord les « critères de Maastricht » n’étaient clairement plus adaptés à la conjoncture économique : lorsque trois puissance économiques comme l’Allemagne, la France et l’Italie sont en difficulté peut-être est-ce le moment de remettre certains dogmes en cause ? Ensuite bien qu’au courant des pratiques des Etats membres de la zone euro, ni la Commission, ni la BCE n’a pris les mesures coercitives nécessaires pour y mettre fin.

Les raisons de ce laisser-faire tiennent avant tout aux conséquences de l’endettement que subissent de nombreux pays de la zone euro : afin de rembourser leurs dettes ils doivent pour cela emprunter aux fameux « marchés ». Or le taux d’intérêt auxquels les marchés acceptent de leur prêter de l’argent dépend d’une note accordée par les agences de notation financière, la meilleure étant AAA. Si les agences de notation avaient eu connaissance de la réalité économique de la Grèce, sa note aurait baissé, faisant ainsi monter le coût de l’emprunt et donc la dette publique.

La crise grecque a mis en évidence l’importance du rôle joué par ces agences et les marchés dans la gestion des dettes publiques. L’importance de leur envoyer des signaux positifs est telle qu’aujourd’hui le président français s’abstient de critiquer l’Allemagne et sa rigueur à l’égard de la Grèce pour éviter de contrarier les marchés : la France ne tient pas à perdre sa note AAA, « c'est pour cela que la réforme des retraites sera de grande ampleur », assure un proche de M. Sarkozy. Quant à la Grèce elle s’est engagée dans une rigueur sans précédent afin de remonter sa note, le tout au dépend d’une population qui n’admet pas devoir payer les erreurs de ses gouvernants.

La crise qui touche la Grèce invite à une remise en question du système actuel : est-ce acceptable que des gouvernements orientent leur politique en fonction des marchés financiers ?

Mais cette crise pose aussi des questions à l’Union Européenne : d’abord à court terme avec la question du secours à la Grèce qui divise actuellement l’UE. Ensuite à moyen terme avec l’idée d’une mise en place d’une gouvernance économique de l’UE qui empiéterait sur la souveraineté des Etats mais qui s’impose de plus en plus comme une évidence. Enfin en toile de fond la question de la nature de l’Union Européenne : simple club de pays unis par un marché unique ou union de pays solidaires au nom d’un idéal, d’une identité commune ?

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Un boulevard pour Aubry ?  posté le lundi 22 mars 2010 12:20

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Une tête dépasse parmi tous les vainqueurs de ces régionales, c’est celle de Martine Aubry, patronne d’un PS revigoré. Si la tache est difficile elle a tout de même les cartes en main pour lancer la machine PS vers 2012.

 

Le second tour des élections régionales a confirmé la tendance du premier tour : le Parti Socialiste l’a largement emporté et sa première secrétaire sort logiquement renforcée de ce scrutin.

Elue en novembre 2008 dans les conditions que l’on sait à la tête du PS, Martine Aubry hérite d’un parti divisé, sans leader, sans programme, sans allié, qu’elle doit redresser tout en évitant les tirs des royalistes qui ont décidé de lui rendre la tache impossible.

Malgré les difficultés liées à l’ambiguïté de son élection, la nouvelle patronne du PS est parvenue à se légitimer et à incarner son parti. Le mauvais score des élections européennes auxquelles le PS perd 17 députés européens et fait jeu égal avec Europe Ecologie lui sera paradoxalement favorable : de la « tricheuse » que l’on questionne avant tout sur son élection et ses rapports avec Ségolène Royal, Martine Aubry devient la patronne d’un parti au fond du trou. Elle peut maintenant commencer à reconstruire, d’autant plus que les rôles s’inversent avec Royal : l’opinion publique se fatigue de ses attaques et de son jeu personnel, les médias suivent ne suivent plus et le leadership appartient dès lors à la première secrétaire du PS. Le président Sarkozy s’empêtre dans des polémiques (EPAD, Proglio,...) et le vent finit par tourner. Les régionales approchent rapidement et le PS les aborde en position de force : leurs candidats sont quasiment tous présidents sortant et le mode de scrutin lui est favorable puisqu’il rend possible des triangulaires PS-UMP-FN.

Martine Aubry a vite compris qu’elle sortirait renforcée de ces élections, allant même jusqu’à espérer un grand chelem. Si le grand chelem n’a pas eu lieu, la première secrétaire du PS a aujourd’hui un boulevard devant elle. DSK ne reviendra vraisemblablement pas et comme Fabius il n’entrerait de toute manière plus en guerre avec Aubry. Delanoë est hors course depuis le Congrès de Reims. Hollande sait bien que sa popularité n’atteindra pas le niveau nécessaire pour prétendre à représenter le PS aux présidentielles. Les quadras manquent de troupes et attendront vraisemblablement 2017. Ne reste que Ségolène Royal qui veut s’appuyer sur sa victoire éclatante en Poitou Charente pour  revenir sur le devant de la scène. Mais ce qui était vrai avant les régionales l’est toujours aujourd’hui : Royal n’a plus de courant, n’a plus le soutien de Pierre Bergé, et surtout ne peut plus aujourd’hui attaquer sans avoir l’air d’être un facteur de division dans un Parti Socialiste réuni et relancé. Sans un faux pas de la direction actuelle (qui n’est pas à exclure) elle aura du mal à s’imposer comme la candidate naturelle de son parti.

Martine Aubry a donc aujourd’hui un boulevard devant elle : à la tête d’un parti uni et qui a retrouvé une dynamique, avec des alliés naturels que sont Europe Ecologie et le Front de Gauche, et contre une majorité essoufflée dont on ignore si elle retrouvera un second souffle d’ici 2012, Martine Aubry a donc un boulevard devant elle pour représenter son parti aux présidentielles de 2012. Et pour conquérir l’Elysée ?

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Régionales: une nouvelle dynamique à gauche?  posté le lundi 15 mars 2010 12:35

Les régionales de 2010 ont enlevé au PS une belle épine du pied en distribuant clairement les cartes pour les deux ans à venir.

En réalisant un score de 30% le PS redevient le leader incontestable (et probablement incontesté pour un moment) de l'opposition. Sauf mauvaise surprise dimanche prochain Martine Aubry sort renforcée et légitimée par ce scrutin alors que les cartes vont commencer à se dévoiler pour les primaires à gauche. Mais au delà du score, les socialistes peuvent se réjouir de ne plus évoluer dans un brouillard total à gauche.

En effet Europe Ecologie gagne ses galons de deuxième force à gauche et confirme sa percée des Européennes. Ce n’était pas évident compte tenu du mode de scrutin proportionnel des Européennes qui favorise les « petits partis ». Qui aurait parié sur les Verts après les présidentielles de 2007? Bien qu'encore fragile car rassemblant des mouvements et personnalités très diverses autour d'un parti vert dont ordre et stabilité n'ont jamais été la marque de fabrique, Europe Ecologie apporte un dynamisme nouveau à gauche et constitue à ce titre un allié précieux pour Martine Aubry.

Quant au Front de Gauche il rassemble 6% des voix, ce qui en fait la troisième force à gauche, et lui donne l'assurance d'être écouté et respecté par le parti socialiste. C’est déjà une petite victoire pour Mélenchon. Il quitte le PS pour dénoncer la droitisation du parti en se faisant accuser de semer la division, puis fait mieux que le Modem aux régionales. Le Front de Gauche a plus d’électeurs, plus d’élus, plus de militants et plus de ressources que le Modem. Il fait également mieux que Besancenot et le NPA dont la stratégie d’isolement n’a pas porté ses fruits et qui n’a toujours pas confirmé son joli score des présidentielles de 2007.

Alors bien sûr la situation n’est pas figée. Le deuxième tour devrait bien se passer pour la gauche, un grand chelem restant possible. D’ici à 2012 il reste deux ans, des centaines de sondages, d’actualités, d’interviews,... François Bayrou et Olivier Besancenot seront présents dans les médias et dans les sondages, ils peuvent redevenir des forces crédibles d’ici 2012. Leur potentiel de nuisance reste élevé pour les socialistes. La droite ne va pas rester à ce niveau et va probablement se remobiliser et s’unir en sentant approcher 2012.

Mais d’un point de vue strict des rapports de forces et de répartition des rôles dans l’opposition, la situation a gagné en clarté. Le PS est le leader de l’opposition et n’est plus tiraillé entre Bayrou et Besancenot mais confortablement installé entre Europe Ecologie et le Front de Gauche avec qui le dialogue devrait être autrement plus simple et porteur d’une dynamique. Un dialogue puis un projet commun ?

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